Écoles des départements ruraux, les exemples de la Manche et de la Creuse

Les écoles de la Manche, un lent repli.

La Manche  fait partie des 15 départements dont l’offre scolaire est la moins dense de France, le lent repli de l’école y est continu. Ainsi près de 3 communes sur 5 ne sont équipées d’aucune école publique  et plus du tiers de celles qui ont encore une école ne disposent que d’une seule classe rattachée à un Fmanche001.pngregroupement pédagogique dispersé  L’évolution de la population en âge d’être scolarisée, et la volonté des parents de choisir une école correspon-dant à leurs attentes sont ici en cause. Lorsque les parents sont confrontés à l’absence d’école dans leur commune, ils ne choisissent pas forcé-ment la proximité (école près du lieu de travail ou du domicile de la nourrice). Les mobilités sont égale-ment dues à la pré-férence pour l’école privée. Le repli de l’école s’explique donc à la fois par la diminution des effectifs de la classe d’âge concernée, et par la concentration des familles avec jeunes enfants dans certains secteurs. Entre 2004 et 2016, le nombre d’élèves des écoles maternelles et élémentaires passe ainsi de 50 000 à environ 45 500 (8%), la diminution étant un peu plus rapide dans le public (9,5%) que dans le privé (3%).  A Saint-Lô le phénomène est moins marqué du fait d’un report du public vers le privé et de scolarisations plus nombreuses en dérogation. Pour près d’une commune sur cinq, le nombre de classes est le même à la rentrée 2016 qu’à celle de 2004. Un peu plus d’un sixième d’entre elles bénéficient d’une augmentation du nombre de classes et un peu plus d’une sur dix subissent une diminution de l’offre scolaire. Les évolutions sont moins spectaculaires dans les zones rurales, un quart des communes disposant encore d’une école perdent au moins une classe, ce qui pour des écoles à 2 ou 3 classes en réduit l’attractivité. La densité de l’offre scolaire diminue  dans les secteurs ou de nombreuses communes sont déjà sans école : côte est du Cotentin, intérieur du Parc des marais et bocage au sud du département, comme si le phénomène se diffusait par proximité dans des poches de déclin démographique rural. Ce repli continu s’est accéléré au cours des dernières années, depuis 2012, une quinzaine de communes souvent en RPI dispersé ont perdu leur dernière classe.

Source : P. Caro-R. Rouault in P. Guillemin, Q. Brouard-Sala, S. Vallognes et P. Madeline Atlas de la Manche – Des polders au pôle d’air  Editions OREP

pour voir l’évolution du nombre de classes dans la Manche

La Creuse un équipement scolaire réduit, essentiellement public…

Dans le département de la Creuse, du fait de la faible urbanisation et d’une tradition politique ancienne la présence de l’école privée est réduite. Elle se limite à une école primaire  dans les deux chefs-lieux d’arrondissement, Guéret et Aubusson et dans une seule commune rurale,  à Evaux-Les-Bains. Le secondaire privé est concentré à Guéret : trois collèges et un lycée général ; aucun lycée professionnel dans le département. L’offre publique est elle-même réduite mais maintenue. Seule l’’école du bâtiment de Felletin, lycée des métiers, fait exception et reste attractive malgré le déclin démographique, elle accueille des élèves venant de bien au-delà du département.

L’offre élémentaire est constituée de nombreux RPI dispersés. Celui  d’Ars/Saint-Médard La Rochette en est un exemple. Les petites écoles des bourgs (St-Médard, La Rochette) et celle du hameau de Chadièras, sont fermées depuis longtemps. Restent l’école de Fourneaux, au bord de la route qui  relie Aubusson et Guéret, pour les classes de maternelle et CP, ainsi que l’école élémentaire à 1 classe (CE1-CM2) du bourg d’Ars.

… compliqué par les pratiques parentales

ECOLEDARSLe RPI d’Ars/St Médard accueille un peu plus de 40 élèves, ce qui est inférieur à la population scolarisable locale. Si  les départs vers le privé à Aubusson sont compensés  par la présence d’élèves en provenance d’autres communes, son effectif potentiel est amputé d’une demi-douzaine d’élèves dont les familles assurent l’instruction à domicile. Cette pratique en cours de développement, y compris dans les espaces ruraux, est adoptée notamment par des parents récemment installés après avoir quitté les grandes agglomérations  dont des néoruraux, en recherche de mode de vie alternatifs.  Ainsi plus d’un enfant sur dix en âge d’être à l’école du RPI n’y est pas scolarisé mais suit un enseignement à domicile.

SCOARSSTMEDARD

Au total près du quart des enfants de la commune ne se retrouvent pas dans les écoles du RPI. C’est une pratique courante dans les espaces ruraux, elle complique ou contrecarre la mise en œuvre de politiques scolaires intercommunales.

 

 Jusqu’au 21 juin 2019 l’exposition « AU TABLEAU, l’école primaire du XVII° au XX° siècle »  a été visible aux Archives départementales de la Creuse. Un livret a été édité à cette occasion.

L’exemple du RPI d’Ars-St Médard la Rochette présenté ci-dessus n’est valide que pour l’année scolaire 2017-2018, dans ces communes à petit effectifs scolaires, il suffit de l’arrivée ou du départ d’une ou deux familles pour que la situation évolue. Néanmoins cet exemple est emblématique des conditions de scolarisation et des pratiques des familles dans les espaces ruraux.

 

Page sur le même thème :  La concentration de l’offre élémentaire

Mise en ligne le 10/05/2019                                                        Dernière mise à jour 13/12/2019

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