L’entrée en sixième au milieu des années 1950

Dans l’immédiat après-guerre, la scolarisation secondaire reste minoritaire et masculine

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La partition entre ensei-gnement primaire et ensei-gnement secondaire demeure jusqu’à la réforme Berthoin. Les élèves qui entrent en sixième rejoignent un établissement secondaire (lycée) ou un établissement rattaché à l’enseignement primaire (collège d’enseigne-ment général, Cours Complé-mentaire ou Groupe d’Obser-vation dispersé rattaché à une école primaire. Entre 1954 et 1959, ce n’est pas tant une modification des pratiques de d’orientation WDSIXIEME45662COMPTXSCO6CLASSEDAGE.pngqui provoque l’augmentation du nombre d’élèves en sixième que la croissance démographique. La part des élèves entrant en sixième après le CM2 progresse de manière modérée de 36% à 46%, alors que ces élèves appartiennent à des classes d’âge aux effectifs à la naissance en   croissance rapide (+45%). Il y a eu 535 183 naissances en 1945, année de naissance des élèves entrant en  sixième en 1954 et  838 087 naissances en 1949 pour ceux le faisant en 1959.

(La source utilisée – revue Population -ne permet pas de prendre en compte l’effectif réel au moment de l’entrée en sixième.)

L’entrée en sixième, en ville plutôt le lycée, en campagne plutôt collège

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La répartition des élèves dans les établissements disposant de sixième est le plus souvent conditionnée par leur lieu de résidence. En ville, les lycées sont plus nombreux. Dans les chefs-lieux de cantons ruraux l’accueil est assuré par les collèges (CEG et CC) et dans les espaces déjà en déprise ou enclavés les groupes d’observation dispersés assurent la présence de classes permettant la préparation du Brevet d’Études du Premier Cycle (BEPC). Hors des lycées, le plus une seule langue vivante est proposée, l’enseignement des langues classiques est absent. En conséquence, la scolarisation hors des lycées avant la troisième interdit ensuite l’accès à la filière prestigieuse permettant d’accéder aux études de « prestige », puisque le Latin est alors indispensable aussi bien pour l’accès aux professions libérales (médecine, pharmacie, architecture droit) qu’aux études d’histoire, de philosophie ou de langue à l’université).

Des choix d’orientation de fin de CM2 socialement marqués

Avant 1959, la carte scolaire n’existe pas en tant que cadre d’affectation des élèves, la sectorisation n’a pas encore été mise en place. L’entrée dans le secondaire après le CM2  reste conditionnée à la réussite à l’examen d’entrée en sixième, auquel l’inscription n’est pas obligatoire. Ainsi indépendamment de bons résultats scolaires certaines familles choisissent la scolarisation dans les classes de fin d’études primaires. Le choix entre collège et lycée, pour ceux qui ont réussi l’examen dépend tout autant des ambitions des parents pour leurs enfants que de l’offre présente à proximité. L’internat n’est pas considéré à l’époque comme une contrainte. Les lycées qui disposent de l’ensemble des options en sixième permettent la poursuite des études au-delà de la troisième.

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Le lycée pour les enfants des catégories aisées, l’école primaire pour les enfants des groupes  défavorisés.

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Les enfants des cadres et des professions libérales qui constituent plus de 10% des élèves de CM2 représentent moins de 2% des élèves des classes de fin d’études et ceux des artisans et commerçants respective-ment 17 et 8%. A l’inverse les enfants d’agriculteurs d’ouvriers et d’employés constituent 90% des élèves de fin d’études contre 70% des élèves de CM2.

 

Rappel : Une population scolaire aux origines  sociales différentes de celles d’aujourd’hui

A l’image de la population WDCSPEREAGESENTRANTENSIXIEME592018.pnggénérale, la composition sociale de la population scolaire a changé depuis la fin des années 1950. La part de deux groupes sociaux a fortement diminué: celle des enfants de travailleurs agricoles (ouvriers et exploitants)  divisée par plus de 5 et celle des enfants  d’ouvriers réduite d’un tiers. Un seul groupe a proportionnellement fortement augmenté, celui des enfants de cadres et professions libérales, sa part  a été multipliée par un peu plus de 3.

Note méthodologique:

La comparaison pourrait être plus fine si l’on pouvait disposer des origines sociales par niveau de classe pour l’année 2018, mais les données ne sont pas exhaustives, loin s’en faut,  pour l’école primaire. Elles sont reconstituées à partir des dossiers d’inscription en sixième. Retenir la classe de CM2 en 1959, permet d’avoir une vision presque exacte de la composition sociale, même si les enfants les plus en difficulté n’arrivent pas tous à ce  niveau. Pour l’année 2018,  Repères et Références Statistiques publié par la DEPP, agglomère l’ensemble des classes de la sixième à la troisième, ce regroupement a pour effet de légèrement diminuer la proportion d’élèves des catégories les plus défavorisées,  du fait de leur plus grande difficulté scolaire ils décrochent plus fortement au cours du premier cycle du second degré. Les effectifs des enfants de familles défavorisées diminuent au fil du cursus. Voir prochainement la page « l’érosion sociale au fil des cursus ». Par ailleurs alors qu’en 1959 les données ne portent que sur la France métropolitaine, en 2018, les départements d’outre-mer sont pris en considération. Les périmètres scolaires mais aussi territoriaux sont donc différents entre les deux dates, l’inconvénient est cependant  mineur. 

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Mise en ligne 01/11/2019