Les fractures territoriales

 

Les inégalités scolaires analysées dans l’Atlas des fractures scolaires en France  pour la période 2005-2010 perdurent(CNESCO 2018). Leur présence inégale dans l’espace résulte  en partie des processus démographiques, économiques et socio-culturels à l’œuvre dans la société française. Si l’on considère les mailles administratives structurant l’espace scolaire, académie, départements, communes, secteurs scolaires comme des territoires du fait de la gestion des écoles et établissements par des collectivités territoriales, alors des fractures territoriales sont bien présentes. Ainsi le financement des écoles primaires par les communes, des collèges par les départements ou des lycées et des centres de formation des apprentis par les régions sont très inégaux. De même si l’on retient les limites administratives pour analyser le fonctionnement et les résultats du système éducatif des contrastes marqués demeurent entre les académies de toutes les réussites comme celle de Rennes et  celles du cumul des difficultés comme en Outre-mer, dans le nord de la France, Lille et Amiens ou, dans la périphérie parisienne,  Créteil. A l’échelle infra-urbaine, les oppositions entre établissements de centre ville et ceux des  quartiers de la politique de la ville sont tout aussi flagrantes

Ces disparités socio-spatiales découlent principalement des inégalités socioéconomiques et socioculturelles, mais leur atténuation n’est pas facilitée par le fonctionnement du système éducatif en lui-même. Le taux d’encadrement (enseignants en collège) est faible dans certaines zones urbaines(CNESCO 2018). Les  enseignants jeunes et  non titulaires sont beaucoup présents dans les établissements de l’Education prioritaire. Les réseaux d’éducation prioritaire (REP) ou REP+ sont rares dans les zones rurales malgré un fort décrochage scolaire. 

Les décisions des différents acteurs de l’Éducation ne sont donc pas sans conséquence sur l’amplification ou la réduction des inégalités qu’ils interviennent directement dans la gestion du système éducatif par l’organisation, la réglementation, ou le financement,  ou qu’ils adaptent leurs pratiques en fonction de la réputation des établissements ou de leur organisation personnelle, demandes de mutation des enseignants, choix d’un établissement privé ou demande de dérogation par les parents.

Les fractures sont aussi dépendantes d’inégalités socio-spatiales externes à l’école (Cf. Atlas des risques sociaux d’échec scolaire, 2016). L’école contribue à les réduire ou à les accroître. Le cas de la Bretagne illustre ce phénomène de réduction des inégalités externes à l’école par la réussite scolaire conduisant à une élévation rapide du niveau de diplôme des parents d’élèves, ce qui réduit ce type de risque d’échec et constitue un gage de meilleure réussite scolaire pour la génération suivante