L’obligation scolaire dès 3 ans, une généralisation en trompe-l’oeil

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L’accueil des enfants à l’école avant l’âge de 6 ans a été amplifié en France au début des années 1960, lors de la mise en œuvre de la Réforme Berthoin. L’accès à ces classes a été progressivement généralisé de 1960 au début des années 1980 pour les enfants de plus de trois ans.  En vingt ans, un million d’élèves supplémentaires ont été amenés chaque année à fréquenter l’école pré-élémentaire alors que dans le même temps fermaient les classes de fin d’études.

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Les enfants d’âge préscolaire (2 à 5 ans) sont accueillis dans les classes des écoles maternelles (petite à grande section) ou dans les sections ou classes enfantines des écoles élémentaires. La scolarisation des enfants de moins de 3 ans reste limitée. Cela tient à la fois au choix des parents et à leur représentation de ce qui est préférable pour un enfant de 2 ans, à l’acquisition de la continence par l’enfant et à la règlementation. En effet, les enfants doivent avoir 2 ans révolus au moment de la rentrée, qui a lieu en septembre, ceux qui sont nés de septembre à décembre, environ un tiers de chaque classe d’âge, ne peuvent être scolarisés avant les vacances de Noël, et peu d’écoles publiques acceptent une seconde rentrée en janvier.

En 2016, les écoles maternelles accueillent aux environs d’un million six cent mille élèves, les sections enfantines un peu moins d’un million. Alors que la pré-scolarisation est reconnue comme un des facteurs accroissant à terme la réussite scolaire des enfants, l’inégale implantation des classes et des écoles, comme la volonté politique de réduire l’accès des enfants de 2 ans à ces structures éducatives questionnent le traitement des inégalités. L’obligation de la scolarisation dès 3 ans ne concerne que moins de 40 000 enfants de 2 à 3 ans, alors que dans le même temps le refus de scolariser les enfants de moins de 3 ans a touché plus de 800 000 enfants.

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La baisse de la pré-scolarisation à 2 ans a été particulièrement marquée quelle que soit la population communale. Le taux de scolarisation a été divisé au moins par deux. Aux deux extrêmes démographiques, Paris et les communes rurales, les taux sont faibles, moins de 5% dans la capitale et à peine plus de 10%  dans les communes rurales .

Cette réforme engendre surtout des conséquences plus favorables pour les écoles privées qui du fait de l’obligation scolaire dès 3 ans vont désormais pouvoir toutes bénéficier des subventions municipales.

SCO2ANSATFSL’effort de pré-scolarisation avant 3 ans n’est maintenu que  dans les secteurs scolaires de l’Éducation prioritaire, mais une partie des familles, parmi les plus défavorisées, ne cherche pas à en faire bénéficier leurs enfants qui auparavant n’ont pas non plus fréquenté crèches et autres équipements d’accueil collectif des jeunes enfants. Le début de la socialisation  et de la découverte des autres en est repoussé d’autant pour ces enfants, de même que l’apprentissage du français de l’école.

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On peut véritablement s’interroger sur les objectifs suivis par cette réforme, alors que des études dont celle de la DEPP (Note d’information 20-2014) ont montré que la scolarisation précoce était un facteur de moindres difficultés scolaires ultérieures.

 

L’école maternelle, du fait de cette réforme, risque de disparaître en tant qu’établissement autonome. Elle est un équipement de plus en plus absent des espaces ruraux et des petites communes urbaines, les sections enfantines la remplacent éventuellement. On peut s’interrMATERNCOM2013oger des incidences que cela aura sur sa spécificité, au moins pour la grande section qui est intégrée dans le même cycle que le CP et le CE1.  On peut également se demander si les petites écoles pourront maintenir l’accueil des enfants de moins de 3 ans. Jusqu’ici dans les zones rurales, cet accueil permettait de compléter les effectifs au-dessus des seuils de fermeture, ou constituait dans les régions de concurrence entre école publique et école privée un outil de recrutement anticipé. A l’inverse dans les grandes agglomérations, malgré une plus forte présence de l’enseignement pré-élémentaire, l’accueil des enfants de moins de 3 ans est beaucoup plus rare, à l’exception des secteurs de l’éducation prioritaire…

 

Pour mémoire : Atlas de la France Scolaire (Hérin R. / Rouault R.,  1994)

La question de la précocité de la précocité de la préscolarisation.

presco2ans85005Que l’école maternelle contribue au bon déroulement ultérieur de la scolarité est maintenant reconnu. On constate par exemple que les redoublements en CP sont d’autant moins fréquents que la durée de la pré-scolarisation a été longue : […] la proportion de redoublants varie du simple au double entre les enfants qui n’ont suivi qu’une année d’enseignement pré-élémentaire et ceux qui en sont suivi trois ou quatre.

 

Dernière mise à jour : 10 Mai 2019

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